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Galerie avant-après

Extraction de l'huile d'une sculpture en os de baleine au moyen d'un solvent

Cette sculpture a été réalisée dans une mandibule de baleine boréale par l'artiste inuit Henry Evaluardjuk, en 1968. Malheureusement, l'artiste a dû utiliser un os non vieilli, qui contenait encore une grande quantité d'huile et de graisse propres à cette famille de mammifères marins. Par conséquent, l'huile suintait continuellement de la sculpture et, rancissant au contact de l'atmosphère, dégageant une odeur nauséabonde. L'analyse d'échantillons a révélé que l'huile n'allait vraisemblablement pas sécher et que le suintement persisterait très longtemps. On a donc décidé d'extraire complètement l'huile au moyen d'un solvant pour nettoyer l'os et empêcher la réapparition du problème. On ne prévoyait pas que la couleur de l'os serait modifiée par suite du traitement; selon toute probabilité, les zones sombres que le sculpteur avait créées en mettant à nu l'intérieur spongieux de l'os, et les parties foncées de la surface externe qu'il avait laissées intactes ne pâliraient pas d'une manière notable. Comme ces zones contrastantes contribuaient à la valeur sculpturale de l'oeuvre, on avait avantage à les préserver.

Jusqu'alors, l'extraction des huiles et des graisses d'os à l'aide de solvants (surtout dans le cas de spécimens d'histoire naturelle) exigeait l'utilisation de grandes quantités de solvants volatils. Ces produits coûtent cher et menacent la santé des personnes qui s'en servent. Pour traiter la sculpture d'Evaluardjuk, on a mis au point une variante de la méthode classique. On a placé le solvant, du trichloroéthane, dans un sac en polyéthylène épousant les formes de la sculpture; puis, on a mis ce sac dans une enveloppe remplie d'eau. Ainsi, on a pu diminuer considérablement la quantité de solvant nécessaire au traitement; en outre, les dangers pour la santé et les pertes attribuées à l'évaporation ont été réduits au minimum. Comme il y avait peu de solvant, l'huile extraite le contaminait rapidement, mais plutôt que de le jeter, on a décidé de le purifier par distillation et de le remettre dans le sac.

 

Figure 1
Figure 1. Vue d'ensemble de la sculpture, après traitement.

 



Figure 2
Figure 2. Vue d'ensemble de la cuve, avec la pompe et sa tuyauterie. On notera la couleur foncée du solvant à cette étape peu avancée du processus d'extraction.

Extraction

On a procédé à la fabrication de l'appareil illustré aux figures 2 et 3. Les tuyaux d'arrivée et d'évacuation ont été disposé de telle sorte que le solvant circulait d'une extrémité du sac à l'autre. Le tuyau d'évacuation conduisant à la pompe a été placé au point le plus bas du sac. Après avoir nettoyé mécaniquement la sculpture pour la débarrasser des tissus conjonctifs séchés qui se trouvaient à l'intérieur, on l'a placée dans un sac constitué d'une double épaisseur de polyéthylène; ce sac a été fermé hermétiquement. Puis on a déposé le tout dans une cuve, sur des blocs d'Ethafoam taillés selon la forme appropriée. Les tuyaux d'arrivée et d'évacuation du solvant ont été branchés sur le sac. L'enveloppe externe contenant le sac et la sculpture a ensuite été remplie d'eau de façon à ce que le sac épouse bien la surface de la sculpture. On a mis dans le sac quinze litres de trichloroéthane et on a laissé la sculpture tremper toute la nuit. Le lendemain, on a constaté que le solvant avait pris un teinte brun foncé. On a commencé à le distiller au moyen de l'appareil illustré à la figure 3 et, après qu'il a été purifié, on l'a versé de nouveau dans le sac. Un interrupteur à mercure relié à un flotteur placé dans le ballon de distillation commandait alternativement le fonctionnement de la pompe et celui du dispositif de chauffage, ce qui automatisait le processus de distillation. Le pertes attribuables à l'évaporation ont été compensées de temps à autres par du solvant frais. Le processus d'extraction de l'huile a été interrompu au bout de douze semaines, lorsque le solvant est devenu presque clair. On a alors drainé le sac et retiré la sculpture de la cuve. L'odeur rance était beaucoup moins forte et les parties tachées d'huile, auparavant noires et collantes, étaient devenues beaucoup plus pâles. Une fois que le solvant a été évaporé, on a préparé le support devant servir à exposer la sculpture.

Préparation

La sculpture a été placée sur un socle moulé en résine époxyde additionnée d'une matière de charge; le socle lui-même a été monté sur plaque d'acier, illustré à la figure 4. Une tige d'acier rembourrée a été fixée au socle et insérée dans la partie creuse de l'os. Cette tige intérieure constitue un support rigide pour la sculpture et le socle est suffisamment lourd pour empêcher celle-ci de basculer. Les parties visibles du socle ont été recouvertes d'un placage de bois foncé sur lequel on a appliqué un vernis s'harmonisant avec le décor de la salle d'exposition.



Figure 3
Vue de l'appareil d'extraction et du système de distillation. La couche d'air au-dessus de la sculpture a été retirée à intervalles réguliers au moyen d'une pompe à vide, pour que le sac de polyéthylène épouse davantage la surface externe de la sculpture.
1. Thermomètre
2. Colonne
3. Interrupteur à mercure
4. Flotteur
5. Ballon de distillation
6. Relais
7. 12 V c.c.
8. 110 V c.a.
9. Filament de chauffage
10. Condensateur
10. Condenser
11. Cold water inlet
12. Pump
13. O-ring seal
14. Sculpture
15. Polyethylene bag
16. Water jacket
17. Sculpture
18. Polyethylene-lined tank


Figure 2
Figure 4. Gros plan montrant le socle et la tige d'acier qui est placée à l'intérieur de l'os et sert de soutien à la sculpture.
1. Base de la sculpture
2. Tige d'acier rembourrée
3. Socle moulé en résine époxyde
4. Partie creuse de l'os
5. Socle en acier recouvert d'un placage de bois

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