Galerie avant-après
La restauration de Stranded par James Hamilton


En 1989, l'Institut canadien de conservation (ICC) a été appelé à restaurer le tableau Stranded de l'artiste américain James Hamilton (1819-1878). D'origine irlandaise, Hamilton est arrivé aux États-Unis alors qu'il était tout jeune et, en autodidacte qu'il était, il a appris à peindre en étudiant et en copiant les tableaux et les gravures de grands maîtres. Stranded, peinture ancienne et importante, partage certaines caractéristiques d'une autre oeuvre du peintre, Stormy Evening, qui a été exposée à Philadelphie (Pennsylvanie) en 1848.
Lorsque l'oeuvre est arrivée à L'ICC, elle présentait divers signes de restaurations antérieures. Elle avait été collée, une cinquantaine d'années auparavant, sur une toile de coton, et l'on en avait alors profité pour corriger ses défauts dont les cuvettes présentes dans la couche picturale et les accidents subis par la toile (figure 1).
L'examen du tableau à l'ultraviolet a révélé que de grandes parties de la composition, la signature et la date entre autres (figure 2), avaient été repeintes au cours de restaurations antérieures (figures 3 et 4). Le vernis avait foncé et les repeints s'étaient décolorés, ce qui assombrissait de beaucoup les teintes originelles du tableau.
Les premiers essais de nettoyage, en bordure de la surface picturale, ont montré combien l'altération des teintes était importante (figure 5), et l'on a utilisé une émulsion appropriée pour enlever la saleté qui s'était incrustée notamment dans les creux de la peinture. Après avoir effectué, de façon rigoureuse, les essais qui s'imposaient, on a appliqué, avec des cotons-tiges, divers solvants organiques pour enlever une couche de vernis jauni, ce qui a en outre eu pour effet d'amollir la plupart des nombreux repeints. Les repeints qui restaient au terme du nettoyage ont été soigneusement enlevés au scalpel.
Ce nettoyage a par ailleurs permis de découvrir des lacunes, d'origine plus ancienne, dans le ciel (figure 6) ainsi que de larges craquelures qui avaient été comblées avec un mastic (figure 7). Une lampe ultra-violette portative a été utilisée pour contrôler, à intervalles réguliers, l'enlèvement de tous les ajouts. Seules les craquelures qui nuisaient à l'esthétique du tableau ont été comblées en appliquant un mastic jusqu'à ce que l'on rejoigne le niveau de la surface picturale des aires qui les entouraient.

Figure 1.
Figure 2. 
Figure 3.
Les retouches ont été faites à l'aquarelle, afin d'intégrer le mieux possible les lacunes. Par la suite, on a appliqué, au pinceau, une mince couche de vernis au dammar et à l'essence minérale, puis les glacis finals composés de pigment sec et de ce même vernis.
Hamilton se distingue dans son oeuvre par sa manière libre, presque impressionniste, ce qui est extrêmement rare dans l'art américain des années 1840. Bon nombre des tableaux de Hamilton rappellent par leur style l'oeuvre de William Turner. Il se faisait déjà appeler, dans les années 1850, le «Turner américain», et le tableau Stranded restauré justifie un tel rapprochement (figure 8).

Figure 4.

Figure 5.

Figure 6.

Figure 7.

Figure 8.