Galerie avant-après
Traitement d'une grande carte géographique


La carte des comtés de Stormont, Dundas, Glengarry, Prescott et Russell, de la collection de la Chesterville and District Historical Society, a été restaurée à l'Institut canadien de conservation, à Ottawa, entre juillet 1989 et février 1991.
La carte est imprimée en quatre sections sur du papier de mauvaise qualité fabriqué à partir de pâte de bois. Elle a été doublée d'un dos protecteur en toile, accrochée en haut et en bas par des baguettes, et enduite d'un épais vernis, qui devait en protéger la surface et en améliorer l'apparence (figure 1). Cependant, avec le temps, le vernis a sérieusement endommagé le papier. Au fil des ans, il a foncé et s'est écaillé, et, comme la carte a été déroulée et enroulée pour l'entreposage, elle s'est déchirée et fendillée. Certaines des plages endommagées avaient été réparées avec du ruban autocollant. Quand la carte est arrivée à l'ICC, l'adhésif du ruban avait séché et le ruban lui-même avait commencé à se décoller, ce qui avait provoqué des taches brunes ainsi que le soulèvement des couches superficielles du papier. Parmi les autres dommages subis par la carte, mentionnons les taches d'humidité, une cheville manquante dans la partie supérieure et le renforcement du dos protecteur en tissu par des sacs d'épicerie en papier brun.
La restauration était compliquée par la grande dimension de la carte--157 cm x 160 cm (près de 6 pieds carrés)--et la nécessité d'ôter le vernis sans enlever en même temps une partie de la couleur ou des indications. Nous avons fait l'essai de diverses techniques d'enlèvement du vernis sur de petites plages de la carte ainsi qu'une analyse en coupe de ces plages. Nous avons finalement opté pour une technique utilisée au Northeast Document Conservation Center des États-Unis, qui consiste à vaporiser un mélange de solvants, appelé solvant correcteur, sur la surface vernie de la carte, afin que le vernis soit plus facile à enlever (figure 3).
Pour laver la carte à fond, il a fallu fabriquer une claie sur laquelle nous pourrions la poser bien à plat, tout en permettant à l'eau de circuler au-dessus et en dessous. La claie était constituée de trois parties superposées : une grille en aluminium qui assure la rigidité de l'emsemble, un réseau de tubes en PVC de 1,25 cm de diamètre pour la circulation de l'eau, et une grille alvéolée pour supporter la carte (figure 4). Nous avons nettoyé la carte dans un bac d'eau pour la débarasser de son vernis et de toute autre impureté; elle était posée sur une pièce de PeCapMD (un tissage de monofilaments de polyester) qui recouvrait la claie pendant le lavage (figure 5). Pour enlever le vernis plus facilement, nous avons utilisé des tampons, des buvards et des brosses à poils doux. Après deux lavages, le dos protecteur de tissu a été retiré, puis la carte a été lavée une dernière fois. Elle était alors prête à recevoir un nouveau dos protecteur.
Nous avons couvert une grande table d'une pièce de Terylene (un tissu de fibres polyester), sur laquelle nous avons fait adhérer, avec de la colle d'amidon de blé, une couche épaisse de toile et de papier Japon. La carte à été enroulée autour d'un tube à tapis en carton et accrochée au-dessus de la table à des supports pour lampes photographiques sur roulettes (figure 6). Toute la surface du dos protecteur en papier Japon a été enduite d'une mince pellicule de colle. Les supports à lampes ont été déplacés le long de la table pendant que la carte était déroulée contre le nouveau dos protecteur (figure 7) et lissée sur celui-ci à l'aide de deux gros pinceaux à colle secs, qui permettaient de la mettre doucement en place et d'assurer une bonne adhérence (figure 7). Une fois la carte parfaitement sèche, nous avons réparé les trous et les plages endommagées avec du papier Japon Aiko no 331 de couleur vieil or. Des morceaux de ce papier ont été coupés aux dimensions requises et collés aux bords de la carte avec de la colle d'amidon de blé (figure 9). Ce même papier a été déchiqueté au broyeur et la pulpe a servi à remplir les petites craquelures et les plages manquantes. Pour améliorer l'apparence de la carte, nous avons retouché à l'aquarelle les plages craquelées et celle où le papier s'était soulevé. Les bords de la carte ont ensuite été légèrement taillés et nous avons cousu sur ceux de gauche et de droite du ruban noir. La Section du mobilier et des objets en bois de l'ICC a fabriqué une reproduction de la cheville manquante, qui a été peinte au latex noir. Les chevilles du haut et du bas ont été fixées à la carte avec du ruban de tissu à l'aide de diverses rondelles à collerette et vis en laiton.

Figure 3.

Figure 4.

Figure 5.

Figure 6.

Figure 7.
Nous avons construit un support ondulé pour la carte avec des panneaux de portes en contre-plaqué d'acajou Luan de 3 mm fixés à un cadre de pin . Une couche de Marvelseal 360 (une feuille composée d'un mélange de nylon, d'aluminium et de polyéthylène) a été fixée sur toutes les surfaces du support avec un fer chaud, le rendant imperméable aux acides, aux vapeurs et à l'humidité. Un morceau de toile de lin a été lavé à fond, tendu encore humide sur le support par-dessus une couche intérieure de polyester, et agrafé. Nous avons ensuite placé la carte sur le support en l'attachant par des rubans de tissu extra-fort à la baguette du haut et par un élastique à la baguette du bas, puis en fixant ceux-ci sur le cadre en pin (figure 2). L'élastique permettra à la carte de se dilater ou de se contracter un peu quand elle sera exposée. Enfin, nous avons construit un cadre en pin pour y placer la carte de façon à ce qu'elle puisse être incorporée dans un cloison du musée de Chesterville.

Figure 8.

Figure 9.