Galerie avant-après
Traitement de la tenture de Gondar


En juin 1993, la Section des textiles de l'Institut canadien de conservation (ICC) reçoit la tenture de Gondar et doit la stabiliser afin qu'elle puisse être exposée par son propriétaire, le Musée royal de l'Ontario. La tenture est la plus grande pièce tissée aux cartons connue au monde (5,22 m sur 2,18 m). Dans ce type de tissage, les fils, de chaîne passent dans des cartons qui, sous l'effet d'une rotation créent des ouvertures par où les fils de trame sont insérés. Cette technique est habituellement utilisée pour confectionner des bandes étroites. Toutefois, dans ce cas-ci, il a fallu environ 350 cartons pour lisser chacun des trois panneaux verticaux de la tenture. Fabriquée entièrement en soie, elle date de la fin du XVIIe siècle ou du début du XVIIIe et arbore des images associées à l'église éthiopienne. Les images sont identiques sur les deux faces de la tenture, seules les couleurs sont inversées. Le fait que la tenture soit réversible et que les deux faces devaient pouvoir être exposées a joué un rôle important dans le choix du traitement utilisé.
Vu ses dimensions, sa valeur historique et sa rareté, la tenture a été traitée par une équipe composée de restaurateurs de textiles, de scientifiques, d'historiens de l'art et de conservateurs. Une microscopie en lumière polarisée a révélé que les fils de chaîne de six couleurs étaient des fibres de soie cultivée (bombyx mori). Une analyse thermique a démontré des signes évidents de détérioration des fibres de soie et l'analyse des teintes a révélé la présence des colorants suivants : garance (rouge), indigo (bleu), indigo et gaude (bleu-vert et jaune- vert), nerprun des rochers (jaune) et un bois rouge soluble probablement du bois de Brésil (jaune-brun anciennement rouge). Une analyse détaillée de l'armure a permis de mieux comprendre la structure de la tenture et, du même fait, d'évaluer les effets possibles des différentes méthodes de restauration.
À son arrivée à l'ICC, la tenture était très sale, et les fibres de soie étaient fragiles. La perte de fils de chaîne, en particulier les fils de chaîne blancs utilisés uniquement dans le panneau central, embrouillait les images et rendait visible les fils de trame, qui subséquemment s'étaient brisés et emmêlés. Le haut et le bas de la tenture étaient effilochés et d'aspect irrégulier, et un gros trou se trouvait près du haut d'un des panneaux.
Une réunion a eu lieu avec des restaurateurs de l'extérieur ayant l'expérience des textiles de grandes dimensions afin d'étudier les diverses options de traitement. Des essais préliminaires ont révélé qu'un lavage de la tenture était tout indiqué. Pour éviter tout danger, la tenture devait demeurer immobile et être solidement soutenue durant les différents bains de lavage. À cette fin, une table de lavage à aspiration suffisamment grande pour recevoir la tenture a été conçue et fabriquée sur place.
Avant le lavage, on a recouvert les zones affaiblies d'une tulle synthétique souple et effectué des relevés de pH et de colorimétrie. L'opération de lavage, qui a duré 12 heures, comprenait les étapes suivantes : mouillage, première application d'une solution détergente anionique, rinçage, deuxième application de la solution, rinçage, alignement, rinçage final, épongeage au papier buvard et séchage.
Le lavage a redonné aux fils de soie une grande partie de leur lustre initial, a vivifié les couleurs et a éliminé ou atténué les taches. De plus, il a permis l'assouplissement et l'alignement de la tenture faisant ainsi disparaître les faux-plis et les déformations.
Il fallait ensuite stabiliser physiquement les zones affaiblies, les fils emmêlés et toutes les autres zones endommagées de la tenture. On a voulu permettre l'exposition, le transport et la mise en réserve en toute sécurité de la tenture sans, autant que possible, perturber sa structure. Les deux faces de la tenture ont été traitées afin qu'elles puissent être exposées toutes les deux. Les fils de trame à découvert ont été alignés et cousus en place au point de boulogne à l'aide de brins de soie, et les zones affaiblies ont été consolidées en cousant avec des fils de soie de la couleur appropriée. La zone entourant le trou a été cousue entre deux pièces de crepeline de soie teintes au préalable avec des colorants Ciba Geigy Irgalan afin de s'harmoniser aux couleurs sous-jacentes de la tenture. Ainsi, les pièces ont stabilisé la zone sans toutefois obscurcir les faces de la tenture. Pour l'exposition, une photographie grandeur nature d'une zone intacte de la tenture peut être glissée derrière le trou pour le dissimuler.
La tenture était aussi accompagnée de quatre bandes : deux cousues au haut avec un fil de lin moderne et deux à part. On a décidé d'enlever les bandes afin de les soumettre à un traitement distinct, car il était impossible de déterminer avec certitude leur emplacement d'origine. Des supports ont été conçus pour les bandes afin de faciliter leur emploi comme pièces de référence.
Pour la mise en réserve, le transport et l'exposition de la tenture, deux tubes d'aluminium ont été recouverts de feutre aiguilleté de polyester et d'un tissu en soie teint sur mesure. La tenture est mise en réserve enroulée sur un des tubes. Lorsquil n'y a pas suffisamment d'espace pour exposer la tenture à plat, il est possible d'en exposer seulement des parties à la manière d'un parchemin en utilisant le deuxième tube et un support rigide.

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