Galerie avant-après
Traitement d'une robe de soie et d'un jupon du XVIe siècle


Une robe de soie bleue et un jupon, appartenant au Costume Museum of Canada à Dugald (Manitoba), ont été traités à l'Institut canadien de conservation; ils appartenaient originalement à la famille Tucker, l'une des premières familles anglaises à coloniser les Bermudes. Cette robe a été exécutée en Angleterre vers 1780 et était sans doute portée à l'occasion de cérémonies et de soirées somptueuses.
La robe se compose d'un corsage cousu à une jupe qui s'ouvre à l'avant pour montrer le jupon, lequel était à l'époque un élément visible du costume et non pas un sous-vêtement.
Un échantillon de la soie bleue a été analysé suivant la méthode de Hofenk-De Graff modifiée par Schweppe, ce qui a permis d'identifier le colorant. Le test a permis de conclure qu'une matière colorante du genre indigo avait été utilisée.
Le tissu lui-même était sale, mais dans l'ensemble, en bon état, malgré quelques usures, déchirures et pertes. Beaucoup de fils d'argent du brocart s'étaient détachés. La soie avait pâli et s'était altérée de façon évidente, surtout le long du pan avant. L'ouverture sur le devant du corsage avait été modifiée, opération qui a laissé des plis permanents et brisé la soie. La transpiration avait causé d'importants dommages près des aisselles, tant sur les manches que sur le corsage. Des réparations antérieures, effectuées au moyen de tissus aux colorants fugaces, ont provoqué des taches; en outre, les pièces rapportées ont été cousues d'une façon peu soignée, ce qui a créé des tensions dans le tissu affaibli.
La première étape du traitement de restauration a été de faire disparaître les réparations antérieures. Des essais ont déterminé que le lavage ne risquait pas de causer des dommages, mais avant de procéder à cette opération, on a préparé le costume en consolidant les lacunes et les zones affaiblies au moyen de gaze de coton.
La robe et le jupon ont été lavés dans une eau contenant du "WA Paste", détergent anionique. Le lavage a amélioré l'aspect de la robe : la soie est plus propre et plus résistante, le tissu lui-même et les éléments en brocart ont retrouvé leur lustre.
Pour renforcer les parties détériorées, une soie semblable a été choisie et teinte d'une couleur appropriée. Les bords des déchirures ont été remis à plat, les fils réalignés et ensuite cousus au tissu de soutien. Cette étape de la restauration a nécessité beaucoup de temps car de grandes parties de la jupe devaient être renforcées ainsi. La partie du corsage détériorée dans la région des aisselles posait un tout autre défi; d'une part, le soie était en très mauvais état et, d'autre part, les réparations étaient très difficiles à exécuter étant donné les courbes du corsage.

Figure 1.

Figure 2.

Figure 3.
Pour des raisons esthétiques et pratiques, la jupe et le jupon ont été doublés d'une soie légère teinte d'une couleur semblable à l'original. Cette doublure protégera la robe lorsqu'on habillera le mannequin.
Au XVIIIe siècle, les femmes portaient un corset qui donnait au torse une forme conique. En outre, une chemise de lin aurait été portée sous la robe, ainsi qu'une tournure ou des paniers donnant au costume la ligne voulue.
La robe restaurée est démontrée dans les figures 2 et 7.
Figure 4.
Figure 5.

Figure 6.

Figure 7.