Galerie avant-après
Restauration de deux tableaux d'Hortense Gordon


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Entre janvier et avril 1989, deux tableaux de l'artiste
Hortense Gordon, Colour in Space et Hurricane
Motifs, de la collection du Chatham Cultural Centre,
ont été restaurés à l'Institut
canadien de conservation. De style et de construction
semblables, les deux oeuvres se distinguaient cependant
nettement quant au type de toile et de préparation
utilisés par l'artiste, et du fait que l'une
d'elles comportait une couche de vernis protecteur.
Il est intéressant de voir l'importance de ces
différences dans le choix des moyens utilisés
pour stabiliser chacun des tableaux.
La toile de lin de Colour in Space était beaucoup mieux conservée que la toile de coton du Hurricane Motifs. Fragile et déchirée sur les bords, cette dernière présentait en outre, dans la partie centrale de la composition, plusieurs déchirures rapiécées avec de la toile. De nombreuses étiquettes et inscriptions se trouvaient au dos des deux tableaux (figures 3 et 4).
La restauration a nécessité l'enlèvement de toutes les étiquettes au dos des toiles. Les déformations des toiles ont été résorbées en humidifiant le tissu et en y appliquant de légères pressions ou tensions. On a enlevé les pièces et les résidus d'adhésifs de Hurricane Motifs, puis recollé les lèvres des déchirures avec un adhésif spécial à l'acétate de polyvinyle. On a enlevé le châssis, renforcé les bords de la toile avec un tissu de polyester collé avec un adhésif thermofusible à base d'acétate de polyvinyle (figures 5).
L'état du tableau Colour in Space étant relativement bon, il n'a pas été nécessaire d'enlever la toile du châssis. On a cependant posé un panneau de carton alvéolé au dos de la toile (figure 6 et schéma 1). Maintenu par de petites bandes de plexiglas fixées à l'arrière des barres de châssis, ce panneau assure à la toile un meilleur appui et une plus grande protection contre les taux extrêmes et les variations de l'humidité relative.
On a aussi fourni au tableau Hurricane Motifs un support supplémentaire en tendant au revers un tissu de polyester fixé au châssis par-dessus le tissu de polyester (figures 7 et 8 et schéma 2).
La couche de préparation de Hurricane Motifs était fragile et friable. Sensible à l'eau , elle était sans doute à base de colle animale. Les pertes de peinture, tant anciennes que récentes, s'expliquaient par un manque d'adhésion entre la préparation et la toile. On a refixé les parties instables à l'aide d'un adhésif à base d'acétate de vinyle dilué dans un solvant organique; les soulèvements ont été aplanis et refixés doucement avec une spatule chauffante.
Le préparation de Colour in Space, composée de blanc de plomb et d'huile de lin, adhérait encore très bien à la toile : pas de soulèvement, ni d'écaillage. Les pertes de peinture ont été causées par la séparation entre les couches de peinture et la couche de préparation.
Les deux tableaux présentaient un vaste réseau de craquelures dans les couches de peinture et de préparation. L'importance des craquelures de Colour in Space est apparue à l'examen du tableau en lumière transmise (figures 9). Cette technique consiste à placer une source lumineuse derrière le tableau pour l'examiner à contre-jour. La lumière passe à travers les craquelures et les lacunes de la couche picturale et les met ainsi bien en évidence.
La restauration a révélé la présence d'un vernis à la surface de Colour in Space. Selon l'analyse des Services de la recherche analytique de l'ICC, il s'agit d'un vernis à base de n-butyl-méthacrylate (acrylique). À en juger par la fraîcheur de la peinture en-dessous, le vernis aurait été appliqué très anciennement, peut-être par l'artiste elle-même. Avec les années, il s'était incrusté des saletés qui défiguraient le tableau. Il fallait donc l'enlever pour rendre aux couleurs leur éclat. Heureusement, ce vernis a été facile à dissoudre au moyen d'un mélange à parts égales d'acétone et d'essences minérales appliqué avec des bâtonnets de coton (figure 10). La figure 11 montre l'aspect du tableau avant et après l'enlèvement du vernis encrassé.
Hurricane Motifs était dépourvu de vernis protecteur. Au fil des ans, la saleté s'était accumulée directement sur la peinture. Elle a été enlevée soigneusement avec de la salive ou un agent mouillant dissous dans de l'eau distillée. Toutes les solutions de nettoyage on été appliquées avec des bâtonnets de coton.

Figure 3.

Figure 4.

Figure 5.

Figure 6.

Figure 7.

Figure 8.
Les lacunes des deux tableaux ont été comblées avec un gesso à base de colle de peau de lapin et de carbonate de calcium (figure 12); les retouches ont été exécutées à la gouache Winsor et Newton selon les couleurs et les motifs environnants.
Des dos protecteurs dont les bords ont été rendus plus étanches grâce à la pose de mousse isolante ont été fixés derrière les châssis avec des vis de laiton et des rondelles à collerette (figure 13). Les peintures sont maintenues dans leur cadre à l'aide de plaques métalliques en laiton et de vis à bois (figure 14).

Figure 9.

Figure 10.

Figure 11.

Figure 12.

Figure 13.

Figure 14.

Figure 15.

Figure 16.
Schéma 1. 2. Toile originale
3. Barre du châssis
4. Ruban coupe-froid en mousse
5. Plaque en plexiglass
Schéma 2.