Galerie avant-après
Restauration du drapeau de Kanehsatake


Les drapeaux sont d'importants symboles d'identité culturelle. Le caractère unique du présent drapeau, qui provient du Tsi Niionkwarihò:ten Cultural Centre Ne Kanehsatake, à Kanehsatake (Québec), lui confère une valeur particulière. Ce sont trois femmes Kanien'kehá:ka de Kanehsatake (Eleanor Awenhó:kon Simon Martin, Mary Kakwirá:'es et Rebecca Margery Martin) qui l'ont fabriqué il y a plus de 90 ans. On l'a ensuite hissé régulièrement lors de cérémonies et de jours de fête. À la longue, le drapeau s'est toutefois détérioré. Les insectes ont attaqué la laine et l'utilisation fréquente a causé des dommages. La condition du drapeau ne permettait plus de le manipuler sans risque de pertes additionnelles. On a donc soumis à l'Institut canadien de conservation les restes du drapeau (Figure 1) pour le traiter et permettre de le préserver et de pouvoir l'exposer.
Après avoir soigneusement examiné le drapeau, on a décidé de le nettoyer, d'en aligner les morceaux et de le monter sur un tissu dont les dimensions indiqueraient celles du drapeau lors de sa fabrication, sans toutefois essayer de reconstituer les applications perdues. [Malgré l'absence d'environ la moitié du drapeau, une petite section de l'ourlet subsistait du côté du battant, ce qui a permis d'établir clairement la longueur de la pièce d'étoffe, et sa composition tripartite a permis d'en déduire la largeur.] Le traitement avait pour but, non seulement de stabiliser la structure physique du drapeau, mais aussi de lui redonner l'aspect d'un véritable drapeau (Figure 2).
Le nettoyage constituait la première étape du traitement. Le nettoyage superficiel mécanique a été effectué à l'aide d'un aspirateur fonctionnant à bas régime et d'une mousseline de protection. Le nettoyage par voie humide (c.-à-d. le lavage délicat selon des méthodes approuvées en restauration) n'a été effectué qu'une fois la solidité de la couleur vérifiée pour tous les composants. [Le nettoyage par voie humide est souhaitable car cette méthode permet non seulement d'enlever les salissures, mais aussi de rincer les produits de dégradation acides et d'assouplir les fibres, ce qui permet de redresser le tissu et de réduire le nombre de faux plis.] On a cousu le drapeau entre deux morceaux d'un tissu transparent en polyester (Figure 3) afin de prévenir toute perte au cours du nettoyage par voie humide. Les vieux textiles étant plus faibles lorsqu'ils sont mouillés, le drapeau a ensuite été placé sur une toile rigide composée de tuyaux en ABS et de mousseline en nylon (Figure 4). On a ensuite appliqué un détergent à pH neutre, le Canpac 645, à l'aide d'une éponge et à travers un autre morceau de mousseline (Figure 5), puis on a rincé à fond.
On a ensuite placé le drapeau sur une table où on a aligné ses morceaux et on a donné forme au drapeau dans l'eau en y faisant « flotter » le tissu (Figure 6). Une fois la forme générale esquissée et les plus gros morceaux alignés, on a séché le drapeau au buvard, puis rapidement à l'air. Les fils déliés et emmêlés ont été par la suite remis en place à l'aide d'une brosse légèrement humide (Figure 7).
L'étape finale du traitement consistait à monter le drapeau sur un tissu ayant les dimensions d'origine de l'objet. Les trois bandes qui composaient le drapeau étant dans des conditions différentes, il a fallu employer des techniques distinctes pour les attacher.
Le tissu en coton dont étaient composés la bande supérieure et le fourreau n'était pas assez solide pour résister à d'importants travaux de couture. On a renforcé ces zones avec de la crêpeline (un fin tissu de soie presque transparent) dont les deux côtés sont revêtus d'un adhésif thermoplastique, le Clariant T1460 (Figure 8). Une fois l'excès de crêpeline enlevé, la bande de coton a été collée au tissu support au moyen d'une spatule chauffante. Cette méthode a renforcé la bande de coton et a ainsi permis d'exécuter quelques petits points sur les bords avec un fil de soie extrêmement fin (Figure 9, a et b).
La bande de tissu inférieure se composait aussi d'un mélange laine-coton. Dans son cas, le battant était tellement fragmenté qu'il était impossible de le stabiliser avec de la crêpeline à revêtement adhésif, puisqu'il aurait été trop difficile d'enlever l'adhésif des nombreuses zones où il aurait été exposé. Heureusement, le tissu était assez solide pour être cousu et c'est de cette manière qu'on a attaché toute la bande inférieure au tissu support. On a attaché les fragments et les zones fragiles au tissu support à l'aide de points couchés de fil de soie très fin (Figure 10 et Figure 11, a et b).
La bande de tissu centrale se composait d'un mélange laine-coton. On a aussi renforcé les zones de fils déliés avec des morceaux de crêpeline, en les collant au tissu support au moyen d'une spatule chauffante. On a de plus renforcé les morceaux attachés de cette manière à l'aide de points couchés de fil de soie très fin. On a attaché les zones en bon état de cette bande de tissu en les cousant simplement au tissu support.
Une fois le traitement terminé, il fallait aussi fournir au drapeau un support solide permettant de l'exposer. On a construit un support en contreplaqué recouvert de Marvelseal (un stratifié composé de nylon, d'aluminium et de polyéthylène, qui empêche le dégagement des produits acides du bois), qu'on a ensuite matelassé de feutre aiguilleté en polyester et recouvert de coton prélavé. On a essentiellement attaché le drapeau à ce support en y cousant le tissu support et en exécutant quelques points dans le drapeau même, autour des applications et des bords extérieurs. Pour protéger le drapeau monté de la poussière et des salissures accidentelles, on l'a ensuite placé dans une vitrine en plexiglas construite par un fabricant local d'articles en plastique.

Figure 1:

Figure 2:

Figure 3:

Figure 4:

Figure 5:

Figure 6:

Figure 7:

Figure 8:

Figure 9a:
Figure 9b:

Figure 10:

Figure 11a:

Figure 11b:
