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Galerie avant-après

Le voyage du Commodore Billings dans L'Arctique : Traitement d'une collection d'eaux-fortes

Plate X avant le traitement.
Plate X après le traitement.
Plate X avant le traitement.
Plate X après le traitement.


Cover avant le traitement
Cover après le traitement
Cover avant le traitement
Cover après le traitement



Le personnel du Laboratoire des oeuvres sur papier a récemment complété le traitement d'une intéressante collection d'eaux-fortes pour le compte de l'Arctic Institute of North America de l'université de Calgary. Son titre intégral est Voyage dans le Nord de la Russie Asiatique, dans la Mer Glaciale, dans la Mer Anadyr, et sur les Côtes de l'Amérique, publié à Paris en 1802. Initialement décrit comme un «portfolio d'eaux-fortes cousues à la main», il s'agissait en réalité d'un exemplaire du récit par Martin Sauer de l'expédition du Commodore Joseph Billings dans les régions septentrionales de la Russie et de l'Amérique du Nord, qui a eu lieu entre 1785 et 1794; cette expédition a été «inspirée par l'émerveillement qu'ont suscité les découvertes du capitaine Cook et la traduction du récit des découvertes réalisées entre l'Asie et l'Amérique (Account of the Discoveries between Asia and America) par le Rév. W. Coxe1»

Sous le commandement de joseph Billings, assistant de l'astronome lors du précédent voyage du capitaine Cook et du capitaine Clerk, et sous le mécénat de l'impératrice russe Catherine III, l'expédition avait pour objectif d'«explorer, de cartographier et d'évaluer les avantages éventuels des régions septentrionales de la Russie et de l'Amérique du Nord2». La collection d'estampes se composait de 13 estampes et planches à l'eau forte (dont l'une manquait) et d'une carte en gravure, reliées dans des couvertures de papier jaune qui apparemment étaient accompagnées de l'étiquette originale.

 

Figure 2
Figure 2.
Planche II avant le traitement.

Figure 3
Figure 3.
Carte de la région où a eu lieux le voyage.

Le détail le plus regrettable quant à l'état de cette collection était la présence de grosses taches qui avaient abîmé chaque eau-forte, et semblent avoir été causées par de l'eau contaminée par du fer (c.-à-d., l'eau fuyant d'une conduite rouillée, et tombant sur les eau-forte). Malgré une analyse poussée de la composition de ces taches, réalisée par des membres de la Division des services de recherche analytique à l'ICC3, il fut impossible de déterminer de façon concluante quel était le contaminant, et même si l'on a retrouvé du fer, celui-ci n'était pas présent en quantités suffisantes pour que l'on en déduise qu'il était responsable des taches. Mais il est important de savoir que du fer était présent puisque l'on a proposé d'employer un agent de blanchiment réducteur (borohydrure de tétraéthylammonium) pour réduire ou éliminer les taches. Cet agent de blanchiment peut réagir avec le fer pour produire un composé instable4 de sorte qu'il faudrait convertir le fer en un composé stable avec du dithionite de sodium avant de procéder au blanchiment. On pense que du fer résiduel était présent au moment de la fabrication du papier, sous forme de contaminant provenant de la fabrique de papier.

Cette pièce historique a aussi soulevé plusieurs problèmes d'éthique, quant à la mesure dans laquelle un restaurateur doit chercher à reproduire les techniques et matériaux d'origine sans risquer de compromettre l'état et la conservation futurs de l'oeuvre et son format final, détails qui doivent tous être résolus avant le moindre traitement. Ces détails étaient les suivants:

  • Les planches ont initialement été cousues en surjet, en deux parties. Faut-il les recoudre de la même manière ? Si on les monte sur onglets pour ne pas faire de nouvelles coutures sur le dos original, on prolonge la page au-delà de la largeur des couvertures. Si on les assemble pour former des sections, on modifie la méthode originale de couture.

  • La Planche IH a été cousue à l'envers. Faut-il la replacer dans cette position?

  • Doit-on séparer la carte des planches au lieu de la replier? Ceci modifierait aussi le format original.

  • Doit-on à nouveau procéder à la reliure des planches, ou doit-on la monter sur passe-partout?

Avant tout traitement, on a effectué des recherches pour déterminer si la reliure était l'originale et où existaient d'autres exemplaires de ces planches. On a tout d'abord examiné les exemplaires français et anglais que possède la Bibliothèque nationale du Canada, mais tous deux avaient été à nouveau reliés. Le fait intéressant était que dans la version anglaise, les planches alternaient avec le texte, tandis que dans la version française, le texte et les planches étaient présentés séparément. Le texte français était aussi relié dans un format plus petit (4mo) que la version anglaise (8mo). Dans certains cas, les planches de la version anglaise étaient présentées en sens inverse et avaient été préparées par des graveurs différents de ceux de la version française.

Le papier lui-même était également intéressant. On avait utilisé trois types de papier vergé pour les planches, tous d'épaisseur légèrement différente. Quand on les a placés sur une table lumineuse pour examiner les filigranes, les détails les plus apparents étaient les mots «AMBERT» et «G {image d'un coeur} FENEROL»5. La carte contenait aussi les lettres «G {image d'un coeur} F» mais un différent filigrane, et sur la couverture au dos de l'ouvrage apparaissait un cheval ailé. On a initialement utilisé la photographie et la radiographie X pour documenter ces filigranes, quoique la lumière transmise ait donné plus de détails que les rayons X. L'examen des fibres de papier prélevées dans les planches a permis d'identifier avec certitude la présence de lin.

La réponse à une enquête faite par correspondance auprès de 20 bibliothèques de l'ensemble du Canada, des États-Unis, et de la Grande-Bretagne, qui possèdent du matériel traitant de l'Arctique (les exemplaires de la Bibliothèque nationale et de l'Arctic Institute ont été inclus dans cette enquête) indique que le récit de Sauer avait aussi été publié en Allemand (à Weimar et à Berlin) et en Italien (à Milan). L'état et la reliure de chaque exemplaire étaient tout à fait différents: aucun exemplaire n'était pareil à l'autre. Il semblait donc que l'exemplaire appartenant à l'Arctic Institute soit le seul en Amérique du Nord a posséder une couverture originale en papier et avec l'étiquette originale. Cette information était importante pour décider comment procéder au mieux avec le traitement.

A la suite d'une consultation avec le professeur Leo Bushinan, conservateur de la collection de l'Arctic Institute, on a décidé de relier les planches exactement comme elles l'étaient, de façon à conserver à la pièce historique son intégrité. En fait, comme le précise Joyce Banks, bibliothécaire à la Bibliothèque des livres rares de la Bibliothèque nationale du Canada, dans l'article qu'elle a présenté au Symposium 88:

«En laissant se défaire la reliure d'un livre, on aboutit à l'un des deux résultats suivants: (a) un livre si gravement endommagé qu'on ne peut plus le consulter sans davantage l'abîmer; (b) un livre dans un tel état de délabrement (pas toujours apparent) que ne rien faire équivaut à risquer de le perdre ou de l'endommager si gravement qu'il est pratiquement perdu6.»[trad.]

Elle poursuit :

«La première étape du traitement de restauration entrepris consiste à rendre autant possible son état original au livre7.»[trad.]

Avant de séparer les planches, on a documenté la structure des coutures. Le fil était très cassant et ne pouvait être réutilisé pour de nouvelles coutures. Donc, pour pouvoir les reproduire, on a réalisé l'analyse des fibres du fil pour déterminer si elles se composaient de chanvre (matériel présumé, qui a pu être d'usage traditionnel) ou de lin (Fautre matériel possible). D'autres tests réalisés par Janet Wagner et Joan Marshall au Laboratoire des textiles de l'ICC ont confirmé qu'il s'agissait de chanvre.

Le traitement initial consistait à nettoyer en surface toutes les planches et la carte, et à utiliser des produits de gommage. Après avoir fait des tests avec de l'éthanol, de l'acétone, du trichlométhylène et de l'amylacétate, on a enlevé avec de l'amylacétate les morceaux de ruban adhésif retenant entre elles les parties de la carte. On a fait des relevés du pH de toutes les pages et couvertures. Les valeurs allaient de pH=428 sur la couverture frontale à pH=5,97 sur la planche VII. Comme on pouvait s'y attendre, les couvertures et les premières et les dernières planches étaient les plus acides.

Les tests avaient indiqué que le cachet de la bibliothèque figurant sur la page de titre était soluble dans l'éthanol. L'éthanol étant un important composant de la solution de blanchiment, on a procédé au fixage du cachet avec une solution de cire de paraffine et d'éther de pétrole, appliquée sur une petite table aspirante, avant de commencer le lavage. On a lavé individuellement toutes les pages et planches en les immergeant dans une solution de lavage alcaline. On a stabilisé les composés de fer avec du dithionite de sodium. On a ensuite procédé à une immersion dans un agent de blanchiment réducteur (borohydrure de tetraéthylammonium dans de l'éthanol), qui a réussi à réduire les taches à un degré acceptable. On a ensuite recollé chaque page avec de la gélatine.

On a colmaté les feuilles protectrices, les gardes collées et la page de titre en employant un mélange de trois pâtes à papier pour obtenir une teinte harmonieuse, et appliqué une nuance supplémentaire avec des pigments terreux naturels. On a effectué d'autres réparations avec du papier Japon et de la pâte d'amidon de blé. On a doublé la carte avec du papier Japon.

Quand on a fait les mesures finales du pH, on a constaté que le papier était encore acide (p. ex., la planche VII avait un pH de 5,57), apparemment en raison de l'utilisation d'une colle à base de gélatine. Cette situation étant indésirable, on a décidé de relaver toutes les planches, la carte et les pages supplémentaires pour enlever la gélatine. On a effectué ce travail sur la table aspirante en employant une solution de lavage tamponnée avec 20 ppm (parties par million) de bicarbonate de magnésium. Les lectures du pH faites après ce traitement ont indiqué qu'en majeure partie, la gélatine avait été enlevée et que le pH avait été rétabli à un niveau acceptable (p. ex., la planche VII a maintenant un pH de 6,47) par suite du traitement avec la solution de lavage alcaline. De plus, les réparations effectuées sont restées intactes!

On a rassemblé et recousu les planches en employant la technique du surjet. On a replié la carte et on l'a montée sur onglets à la fin du livre, où elle se trouvait à l'origine, et attaché les couvertures. On a constitué un portfolio pour loger les planches à nouveau reliées, et inséré dans le portfolio une photographie noir et blanc de 8 po x 10 po (fournie par la Bibliothèque nationale) de la planche XIII manquante.

On pourrait penser que le principe de l'utilisation des matériaux originaux pour garder à l'objet son caractère intégral n'est pas toujours compatible avec les procédés modernes de restauration. Par exemple, on déconseille l'emploi de la gélatine, pourtant un matériau de collage traditionnel, lorsqu'on procède de cette manière, et l'on doit rechercher une solution plus appropriée. Également, le surjetage comme technique de couture n'est pas toujours idéal du point de vue de la conservation. Cependant, comme l'objet en question sera sans doute peu utilisé, le degré d'usure auquel il sera soumis quand on l'ouvrira ou le fermera devrait être minimal. Ce livre est après tout le seul exemple connu en Amérique du Nord dans ce format, et en modifiant la technique de couture, on aurait, de l'avis de l'auteur, détruit des indices bibliographiques de grande valeur.

Notes

  1. Art Bank, Arctic Institute of North America, université de Calgary. Collection des Planches de Voyage dans le Nord de la Russie Asiatique, etc., (la citation n'est pas textuelle), p. 1.

  2. Ibid.

  3. Moffatt, Elizabeth et al. «Analysis of Certain Stains on Voyage dans le Nord» rapport analytique SRA de l'ICC, n° ARS 3015, 10 janvier 1992; Young, Gregory and Kate Helwig. «Analysis of Certain Stains on Voyage dans le Nord, II,» rapport analytique SRA de l'ICC, n° ARS 3015.1, 24 juin 1992.

  4. Burgess, Helen. «Considérations pratiques relatives au blanchiment utilisé en restauration», original en anglais paru dans le Journal de l'Institut international pour la conservation - Groupe canadien, vol. 13,1988, p. 11-26. [trad. de l'ICC]

  5. Ambert est une ville de la province française d'Auvergne, qui possède une industrie de fabrication du papier remontant au quinzième siècle. «G Fenerol» serait le nom de la fabrique de papier ou le nom du fabricant mais les recherches n'ont pas été poursuivies à ce sujet.

  6. Banks, Joyce. «Ihe Ethics of Disbinding Bound Material», La conservation des oeuvres historiques et artistiques sur papier, Ottawa, Institut canadien de conservation, 1994, pp. 273-274.

  7. Ibid.

Autres références

Cox, Edward Godfrey, A Reference Guide to the Literature of Travel, Including Voyages, Geographical Descriptions, Adventures, Shipwrecks and Expeditions. Vol. 1, The Old World (Seattle: University of Washington, 1935), p. 353.

Lada-Mocarski, Valerian, Bibliography of Books on Alaska Published before 1868 (New Haven, London: Yale University Press, 1969), pp. 216, 218.

Sabin, Joseph, A Dictionary of Books Relating to America from Its Discovery to the Present Time, Vol. XVIII (Amsterdam: N. Israel, 1962), p. 534.

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