Galerie avant-après
Traitement des portes d'une chambre forte
Goldie & McCulloch 1904 - Fulford Place Brockville (Ontario)


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Les portes d'une chambre forte d'une maison historique
de Brockville (Ontario) ont été remises
à l'ICC pour y subir un traitement. Ces portes
pèsent au moins 900 kg (2 000 livres) chacune
et sont solidement construites de cinq couches de tôles
d'acier au chrome et de fonte.
Cette chambre forte a été construite à Fulford Place, maison appartenant à l'homme d'affaires George Fulford, en 1904. Elle était destinée à l'entreposage de l'argenterie familiale et autres objets précieux. Elle se trouve entre la salle à manger et l'office, ce qui semble indiquer qu'elle était régulièrement utilisée par les domestiques de la maison.
À part sa fonction banale d'abri des possessions familiales, la chambre forte est une véritable oeuvre d'art. À la différence de la plupart des installations modernes, elle est ornée de décorations délicatement peintes à la main, y compris des scènes bucoliques en miniature, sur toutes les pièces métalliques. Des lignes et des arabesques dorées à la feuille décorent les bords et les angles des portes et encadrent les scènes peintes. Toutes les surfaces visibles étaient vernies à la gomme-laque. L'huisserie de la chambre forte comporte des portes extérieures et intérieures faites de bois finement ouvré. La publicité du fabricant de la chambre forte prétendait que même les critiques d'art trouvaient «de la beauté digne d'admiration» dans cette décoration artistique. Une chambre forte de Coldie & McCulloch était «une combinaison extraordinaire de la mécanique moderne et de l'art».
Récemment, le personnel de Fulford Place a remarqué que des fissures apparaissant sur le côté des portes avaient commencé à s'élargir et qu'une poudre blanche s'en échappait. De plus, les portes ne fermaient plus comme elles le devaient en raison de la dilatation des matériaux, et les minces panneaux arrière en feuilles d'acier gonflaient vers l'extérieur et comptaient de nombreuses perforations. Il semblait que quelque chose à l'intérieur des portes se dilatait avec une force extraordinaireanimé par une pression suffisante pour faire gauchir une tôle d'acier trempé et pour fissurer des éléments en fonte d'acier épaisse de 7 mm (1/4 po). Le fabricant, Goldie & McCulloch Co. (entreprise fondée en 1844 à Galt en Ontario) a fusionné avec la Babcock-Wilcox Co. à la fin des années 1930 et, peu après, passait de la fabrication de portes de coffres-forts et de chambres fortes à la production de chaudières, de pompes et de compresseurs. Babcock-Wilcox existe encore mais, malheureusement aucune archive de la période des chambres fortes n'a survécu à la fusion. Néanmoins, les recherches ont permis de constater que lors de la fabrication, les portes avaient été remplies d'un coulis de plâtre de Paris pour assurer leur résistance au feu, puis scellées et peintes. Ce plâtre a fini par causer la corrosion de l'acier et des pièces en fonte, provoquant une dilatation qui a entraîné la fissuration et léclatement des portes. (Lintérieur de celles-ci avait été peint d'une couche de fond à base d'oxyde de fer rouge contre la corrosion, apparemment sans succès. Quelques décennies plus tard, la compagnie revêtait plutôt l'intérieur des portes coupe-feu d'une couche de bitume)
Il fallait enlever le remplissage de plâtre pour pouvoir réparer les portes. La seule façon d'accéder à l'intérieur de celles-ci consistait à enlever les panneaux à l'arrière. Comme ceux-ci se trouvaient à l'intérieur de la chambre forte, ils constituaient la partie la plus mince de la construction, et avaient été fixés aux bords du cadre par de nombreuses vis noyées, dont les têtes étaient rendues invisibles par remplissage des noyures et une couche de peinture. On a donc découvert les têtes de vis en dégageant les noyures, puis on a tenté de les dévisser par la méthode classiqueà l'aide d'un tournevis. Seulement deux des cinquante-huit vis ont pu être dévissées. Il a fallu enlever le reste en les perforant en leur centre pour faire tomber les têtes, afin d'extraire facilement les corps des vis des trous filetés. On a alors soulevé les panneaux arrière pour mettre à jour le remplissage de plâtre, fissuré et déformé par la dilatation, et décoloré par la corrosion. Plus de 450 kg (1000 livres) de plâtre ont été ainsi enlevés de l'intérieur des deux portes à l'aide de marteaux pneumatiques.
La cavité des portes étant vide, on a pu alors accéder à la multitude de fissures et de détériorations sur les bords en fonte. Les zones affaiblies ont été renforcées de l'intérieur à l'aide de fibres de verre avec grillage d'aluminium et matériau de remplissage; une pâte pour carrosserie automobile s'est avérée idéale : facile à appliquer, séchant rapidement et facile à découper et à peindre.
Aux endroits où la fonte avait été déformée par la pression constante, on a dû boulonner des tiges d'armature aux côtés, puis les mettre sous tension à l'aide de tourniquets de serrage. Une fois l'intérieur stabilisé et garni, les pertes et fissures visibles à l'extérieur ont été à leur tour remplies, puis peintes à l'aide d'une peinture alkyde commerciale de couleur semblable.
Il fallait ensuite traiter les panneaux arrière qui étaient gravement corrodés; à certains endroits, tout ce qui en restait était un mince lacis de peinture sèche. Après avoir enlevé la corrosion par projection d'un abrasif organique (rafle de maïs), on a rempli de mastic toutes les lacunes de l'intérieur, en le doublant au besoin d'un tissu de fibre de verre. Les parties remplies ont été lissées et retouchées à l'aérographe d'une peinture à l'huile diluée de couleur semblable. Ensuite, les panneaux arrière ont été remis en place à l'aide de vis neuves, et toutes les têtes de vis ont été recouvertes d'un enduit, puis l'ensemble a été fini et peint. Les parties manquantes des filets dorés près des bords ont été remplacées par de nouvelles dorures à la feuille, de ton identique, et d'autres détails peints ont été réintégrés.
Il semble que ce travail de restauration soit inégalé, car on n'a trouvé nulle part la description d'un problème du même ordre. Des centaines d'heures ont été investies dans ces portes, à la fois pour mettre au point des techniques de traitement efficace, et pour les mettre en application. Il est hors de doute que si elles n'avaient pas été traitées, les portes de la chambre forte se seraient détériorées dangereusement; la chambre forte serait devenue peu sûre et un excellent exemple d'artisanat industriel aurait été perdu.

Figure 1.

Figure 2.

Figure 3.

Figure 4.

Figure 5.

Figure 6.

Figure 7.