Galerie avant-après
Traiter ou ne pas traiter - voilà la question
par David Hanington
Alors que japproche de la fin de ma carrière,
jaimerais vous faire connaître lobjet
le plus important que jai traité au cours
des 45 dernières années. Ce fut un défi
bien spécial et une magnifique occasion dapprentissage.
La puissante présence spirituelle de luvre
et la place importante quelle occupe dans sa communauté
signifiaient quun vaste éventail de considérations
devaient entrer en jeu pour déterminer le traitement
le plus approprié.
Au printemps de 1998, lICC reçoit un livre de prières rare et ancien des Mikmaq de Conne River, à Terre-Neuve, pour traitement. Le livre de prières contient des cantiques, des prières et dautres textes religieux servant à loffice divin dobservance catholique. La plus grande partie du texte est rédigée dans une écriture hiéroglyphique particulière à la tradition mikmaq. Lécriture est pictographique plutôt que phonétique et constitue un exemple dun système décriture utilisé il y a plus de deux siècles et demi.
À son arrivée à lICC, le livre de prières était dans un état extrêmement vulnérable et détérioré. La couverture de cuir était complètement détachée du bloc de feuillets, et les plats étaient gauchis, déformés et exceptionnellement mous. Le texte de 150 pages était cousu à la main sur quatre lanières de vélin, et était devenu friable et détaché par endroits. Le papier fait main, orné dun filigrane de 1807, était particulièrement sale et piqué par lhumidité avec des saletés incrustées en surface, surtout le long des bords, conséquence des multiples manipulations. De nombreuses pages comportaient des déchirures sur toute leur largeur, et certaines pages avaient des lacunes.
Lors de mon examen du livre de prières des Mikmaq, jai eu des doutes concernant la position correcte dun certain nombre de pages détachées placées ici et là dans le volume. Pour cette raison, la bande indienne de Conne River a demandé à Helen Sylliboy de venir à Ottawa pour mettre les feuillets détachés du livre de prières en bon ordre. Helen est une éducatrice mikmaq qui a travaillé en perfectionnement linguistique à la commission scolaire ESKASONI, au Cap-Breton, en Nouvelle-Écosse.
Pour moi, la visite dHelen a été le moment fort du traitement de restauration. Elle avait en sa possession un certain nombre de publications décrivant un système de notations adapté par un missionnaire franciscain du XVIIe siècle, Chrestien Le Clerq, à partir de la pratique des Mikmaq de graver des symboles mnémoniques sur de lécorce de bouleau. Ce système a ensuite été raffiné encore par le Père Pierre Maillard, un prêtre français du XVIIIe siècle.
Helen a souvent fait référence à un ouvrage récent, Mikmaq Hieroglyphic Prayers, de David Schmidt et Murdena Marshall, publié en 1995. Cette publication montre les symboles hiéroglyphiques, décrits comme des glyphes, qui représentent un mot ou plusieurs mots dans la langue mikmaq. Une traduction en anglais est également fournie. Helen avait participé à la recherche, et à la traduction des symboles hiéroglyphiques.
La présence de Helen au Laboratoire des uvres sur papier était extrêmement agréable. Elle a contribué dune façon déterminante à la traduction dune partie du texte hiéroglyphique et à létablissement de lordre correct des pages. Le personnel et les visiteurs ont été passionnés par la description des symboles hiéroglyphiques faite par Helen, et par sa récitation des prières et des cantiques en sa langue mikmaq.
Il mest apparu clairement que Helen se sentait honorée de pouvoir toucher et manipuler le livre de prières. Tout à coup, elle sest tournée vers moi et a remarqué quà son avis, le livre de prières, à cause de sa spiritualité, ne devrait pas être traité. Cette remarque ma frappé, et je me suis demandé sil ne serait pas plus approprié, et plus respectueux pour lobjet, de le laisser intouché. La réaction de Helen à cet objet montrait clairement que ce livre comportait un puissant élément spirituel auquel je navais pas été sensible. Suite à ses commentaires perspicaces, ainsi quà ceux de divers collègues de lICC, nous avons établi un éventail doptions y compris loption de ne procéder à aucun traitement. Ces options ont été présentées dans une proposition de traitement, mais il était évident quil fallait organiser une réunion de toutes les parties intéressées à Terre-Neuve afin den discuter avant de décider du traitement approprié. Une rencontre permettrait également des discussions plus approfondies au sujet des avantages et des inconvénients de chacune des options, de façon à faire bien comprendre les conséquences à long terme de chacune.

Figure 1.

Figure 2.

Figure 3.

Figure 4.
En juillet 1998, jai pris lavion pour me rendre à Terre-Neuve afin de rencontrer la bande mikmaq de Conne River dans la communauté de Miawpukek. Jai pris grand plaisir à visiter cette communauté de près de 700 personnes. Jai ainsi eu loccasion de rencontrer les membres de la bande et les aînés, et dobserver nombre de leurs coutumes traditionnelles. Au cours de la rencontre avec le Conseil de bande, létat du livre de prières et les difficultés soulevées par le traitement ont été présentés. Jai expliqué les avantages et les inconvénients de traiter ou de ne pas traiter le livre de prières des Mikmaq.
Après une longue discussion, les membres du Conseil de bande ont décidé que le livre de prières devrait subir un traitement complet. Loption choisie par le Conseil de bande était de réparer les pages du bloc de feuillets en les colmatant à la fibre de papier, et de renouveler la reliure du volume.
À mesure que je progressais dans le traitement, de nombreux autres problèmes techniques se sont posés qui devaient être décidés en consultation avec la bande. Ce traitement était un peu comme un casse-tête et jétais à la recherche des pièces manquantes. Le traitement du livre de prières des Mikmaq au Laboratoire des uvres sur papier sest avéré très intéressant pour tous les visiteurs du laboratoire. Presque tous les jours, quelquun demandait à voir le document.
Le livre de prières des Mikmaq a été retourné à Conne River où il sera exposé très visiblement dans la communauté. Une présentation du traitement est prévue.
Ce fut un honneur et un privilège que de traiter ce livre de prières, et sa présence me manquera personnellement, tant physiquement que spirituellement.
Jaimerais remercier toutes les personnes qui ont contribué à la restauration du livre de prières des Mikmaq, et parmi elles Martin Howley, bibliothécaire des lettres et des sciences humaines, QE II Library, Université Memorial de Terre-Neuve, et Gerald Penney, archéologue et consultant en patrimoine qui a négocié au nom de la Bande de Conne River, ainsi que mes collègues à lICC. Des remerciements particuliers vont à Helen Sylliboy et aux membres du Conseil de bande des Mikmaq de Conne River pour leurs conseils et avis au cours du traitement.
Réunion
du Conseil de bande de Conne River. Parmi les participants
(de face, de g. à d.) Rembert Jeddore, chef adjoint;
David Hanington; Shayne McDonald, conseiller de la bande;
George Parsons, agent des finances et John Nicholas Jeddore,
conseiller de la bande.![]()
Une description complète du traitement sera présentée au Congrès de lAssociation canadienne pour la conservation et la restauration des biens culturels (ACCR) qui a lieu à Ottawa en mai 2000, et publiée dans le Journal de lACCR plus tard au cours de lannée.
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Une description complète du traitement sera présentée au Congrès de lAssociation canadienne pour la conservation et la restauration des biens culturels (ACCR) qui a lieu à Ottawa en mai 2000, et publiée dans le Journal de lACCR plus tard au cours de lannée.