C'est renversant !
Le parylène : quoi de neuf?
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Nous avons annoncé le projet Parylène dans le
numéro de février 1989 du Bulletin de
l'ICC. Vous vous demandez peut-être ce qu'il en
est advenu! Bien que des résultats aient paru
dans certaines publications1-7 , toute l'informa tion
n'a pas encore été publiée. Alors,
quoi de neuf?
En bref, nous avons constaté
que le dépôt d'une pellicule de
parylène consolide
vraiment
les matériaux fragiles sans
en modifier l'apparence
et mieux que
par tout autre procédé.
Le
parylène sauvegarde des objets qui, autrement, seraient
perdus à jamais. On peut l'appliquer en quantités
extraordinairement petites et dans des conditions assez
bien réglées, comparativement aux autres
consolidants. Un problème toutefois, pour le
restaurateur : le procédé est irréversible.
Alors, dans quelles circonstances peut-on utiliser le
produit? Un bref examen des progrès réalisés
dans chacun des trois volets du projet Parylène nous
permettra de répondre à la question.
La forêt fossile
Le but premier du projet était
de préserver de délicats spécimens
de feuilles et de cônes provenant de la forêt
fossile de l'île Axel Heiberg de l'Arctique canadien.
Cette mission a été accomplie. En effet
avec l'aide de Margaret Morris, restauratrice contractuelle
à l'ICC, nous avons traité une importante
collection du Musée canadien de la nature ainsi
que quelques spécimens pour le compte de l'université
de la Saskatchewan et de l'université de la Colombie-Britannique.
Nous avons publié les résultats de ce
traitement4, généralement réussi,
ainsi qu'une description de la méthode de mise
en réserve des cônes du Musée canadien
de la nature7 .

Application du procédé à divers objets et spécimens
Ce deuxième volet du projet s'est fait avec la coopération d'un certain nombre de musées et d'archives du Québec, de l'Ontario, du Manitoba, de l'Alberta, de la Saskatchewan et de la ColombieBritannique ainsi que de pays étrangers, dont l'Allemagne et les États-Unis. Nous avons traité un très grand nombre d'objets au parylène et avons présenté, aux fins d'examen, les résultats des traitements à ceux qui nous avaient fourni les objets. Toutes leurs observations et données sont rassemblées dans un rapport en cours d'élaboration dont certaines parties, cependant, ont été publiées1,3,5,6. D'autres, comme l'évaluation des textiles à revêtement de parylène, peuvent être obtenues sur demande.
Nous avons découvert que, dans de nombreux cas, le procédé pouvait se révéler très utile. Ainsi, il importe en histoire naturelle de préserver la morphologie grossière des spécimens. Autrement dit, on aime bien montrer des insectes entiers avec leurs pattes, ailes et antennes, ce que permet l'utilisation du parylène . Nous avons réussi en effet à consolider divers spécimens végétaux, des oiseaux, des insectes ainsi qu'une grande variété d'organismes marins allant des crustacés aux éponges. La possibilité que soit endommagé de façon irréversible un spécimen inquiète moins car il est rare que les musées d'histoire naturelle ne possèdent que des spécimens uniques. Par ailleurs, les musées peuvent désirer préserver de nombreux autres aspects des spécimens que leur simple morphologie. Il n'existe pas de technique, qui à elle seule, réponde à ce besoin. Il est donc raisonnable de faire appel à toute une gamme de techniques dans laquelle peut s'insérer le procédé au parylène sans pour autant soulever de problèmes déontologiques.
Le traitement des objets destinés à la réalisation de dioramas est un autre domaine d'application possible. Le parylène permet non seulement de préparer à cette fin de délicats objets comme des fleurs ou des feuilles, mais aussi de les nettoyer facilement à l'eau chaude savonneuse ou encore au moyen d'agents de nettoyage à sec offerts sur le marché. Il est même vraisemblable que les spécimens traités résisteront mieux aux aléas des expositions itinérantes.
Le parylène sert également à préserver des objets qui seront utilisés à des fins didactiques ou dont l’état est lamentable. Mentionnons entre autres des résidus, de textiles archéologiques, des fibres carbonisées et des matériaux du XXe siècle dégradés et friables comme des caoutchoucs mousses présents, par exemple, dans le matériel radio, les marionnettes et les poupées.
Une autre application intéressante montre bien les possibilités qu'offre le parylène. Récemment, le produit a été utilisé pour inverser un traitement. En effet, les restaurateurs du Laboratoire de la conservation des ressources historiques du Service canadien des parcs d'Environnement Canada, à Ottawa, désiraient retirer l'alun de certains objets de bois afin de leur faire subir un nouveau traitement. L'immersion dans l'eau a eu pour effet de transformer en pâte le bois dégradé. Clifford Cook du Laboratoire de la conservation des ressources historiques a alors eu l'idée de recourir au parylène afin de garder le bois intact pendant l'immersion. Heureuse initiative, puisque la mince couche de parylène a permis d'extraire l'alun du bois, tout en consolidant le bois. Ainsi, le dépôt irréversible de parylène rendait possible la réversibilité d'un traitement irréversible. (Et Dieu seul sait comment cela chamboulera le code de déontologie de la restauration si strict au chapitre de la réversibilité!)
Nous avons aussi réussi à consolider les reliures de grands livres comptables du XIXe siècle, atteintes par la dégradation chimique, sans déposer de produit sur le papier des pages intérieures. Ce procédé pourrait permettre de préserver ces reliures qu'on doit actuellement détruire pour traiter les livres.
Au cours de notre étude, nous avons réussi des essais de consolidation de papier brûlé pour le compte de Don Purdy du laboratoire judiciaire de la GRC. Peu après le 10 mars 1989, date à laquelle un Fokker F-28 d'Air Ontario s'est écrasé à Dryden (Ontario), l'ICC a reçu une demande du Bureau canadien de la sécurité aérienne (maintenant appelé le Bureau de la sécurité des transports du Canada) qui désirait qu'on lyophilise les livres de bord trempés et carbonisés retirés de l'avion. Le traitement au parylène a donné des résultats fantastiques : les pages brûlées ont été séparées une à une et les inspecteurs ont découvert une mine de renseignements utiles à leur enquête.
Le vieillissement du parylène
Le troisième volet du projet a consisté à caractériser le vieillissement des pellicules de parylène . À l'origine, nous avions effectué une étude de détermination de la stabilité thermique du produit en l'absence de lumière. Les premiers résultats, publiés en 19912 indiquaient une période de stabilité extrêmement longue, de l'ordre des milliers d'années. Mais des études récentes (inédites) menées à plus long terme à de basses températures montrent que la durée utile est un peu plus courte. Ce que cela signifie dans la pratique est encore incertain, bien que nous croyons qu'il soit peu vraisemblable que les résultats modifient les critères actuels de l'adoption du parylène en conservation.
Des études sur le vieillissement en présence de lumière sont également en cours. Les premiers résultats indiquent que le parylène pourrait être dégradé par la lumière, et que le parylène N est beaucoup plus vulnérable que le parylène C. Ils montrent aussi que les effets du vieillissement sont surtout de nature physique, que le produit ne jaunit que très légèrement et que les pellicules se fragilisent et se brisent plus facilement après l'exposition à une lumière intense. Les travaux se poursuivent et nous espérons être en mesure de déterminer quantitativement dans quelles conditions, et pendant combien de temps, on peut exposer le parylène à la lumière.
L'avenir
En termes généraux, le projet est un succès. L'appareil à enduire de parylène , désormais installé en permanence à l'ICC, est à la disposition de l'ensemble des musées canadiens désirant tenir des essais et de quiconque souhaitant faire traiter des objets ou des spécimens. L'auteur aura plaisir à répondre à vos deman-des, même s'il ne s'agit que de simples renseignements sur le procédé.
Remerciements
Nous exprimons notre vive gratitude à Bruce Humphrey de Speciality Coating Systems de la société Union Carbide, pour son aide au cours de toutes les phases du projet.
Bibliographie
- Grattan, David W. «Parylene at the Canadian Conservation Institute», Canadian Chemical News, vol. 41, no 9 (octobre 1989), p. 25-26.
- Grattan, D.W. et M. Bilz. « The Thermal Aging of Parylene and the Effect of Antioxidant », Studies in Conservation, vol. 36 (1991), p. 44-52.
- Grattan, David W. « Parylene at the Canadian Conservation Institute - An Initial Survey of Some Applications », paru dans Preprints of the 9th Triennal Meeting of the ICOM Committee for Conservation Conference, Dresden, Allemagne, 26-31 août 1990, Kirsten Grimshaw éd., Los Angeles, ICOM-CC, 1990, p. 551-556.
- Grattan, D.W. « The Conservation of Specimens from the Geodetic Hills Fossil Forest Site, Canadian Arctic Archipelago », Geological Survey of Canada Bulletin 403: Tertiary Fossil Forests of the Geodetic Hills, Axel Heiberg Island, Arctic Archipelago, R.L. Christie et N J. MacMillan éd., Ottawa, Énergie, Mines et Ressources Canada, 1991, p. 213-227.
- Grattan, David et Margaret Morris. « The Potential of Parylene for Consolidating Natural History Specimens », Natural History Conservation, no 6 (septembre 1991), p. 4-7.
- Burgess, Helen D. et David W. Grattan. « The Conservation of Parylene Coated Books and Papers », Sauvegarde et conservation des photographies, dessins, imprimés et manuscrits, Actes des journées internationales d'études de l'ARSAG, Paris, 30 septembre au 4 octobre 1991, p. 231-242.
- Grattan, David et Margaret Morris. « Tray with Polyethylene Foam Grid Separators », Storage of Natural History Collections: Ideas and Practical Solutions, sous la direction de Carolyn L. Rose et Amparo R. De Torres, Washington, D.C., SPNHC, 1992, p. 199.